Eruption du Karthala : 175 000 Comoriens privés d’eau potable

Written by Guillaume Levieux on. Posted in Blog, Risques (naturels)

Un mois avant Noël, un cadeau empoisonné est tombé du ciel comorien. Quand le volcan Karthala est entré en éruption le soir du 24 novembre (2005), une pluie de cendres volcaniques s’est abattue sur l’île de la Grande Comore. Depuis, 175 000 personnes ont été privées d’eau potable. Moroni, la capitale de la République Fédérale Islamique des Comores est sortie du nuage volcanique. Mais, contrairement à la neige, cette cendre minérale ne fond pas.
Sur place, le Croissant Rouge comorien et d’autres ONG de la plate forme d’intervention régionale de l’océan Indien (Piroi) s’activent.
«C’est la deuxième fois en moins d’un an que les Comoriens se retrouvent dans cette situation» s’agace Christian Pailler, chef de mission du Piroi pour la Croix Rouge. En avril, un panache de cendre avait déjà conduit 10 000 personnes à fuir leurs villages. Pailler vient de faire le point avec son équipe d’évaluation : aujourd’hui, les deux tiers de la population de la Grande Comore sont affectés par les retombées de cendres. Le réseau d’adduction d’eau couvre uniquement la capitale. Sur le reste du territoire, en l’absence de rivières, les Comoriens utilisent des citernes de récupération d’eau pluviale. Mais à ciel ouvert, elles sont directement exposées aux chutes de cendres volcaniques. Pourquoi la population n’a pas pu protéger ces réservoirs alors qu’une simple bâche déployée la veille de l’éruption aurait limité l’effet des cendres ? «Des gens disaient que la lave allait arriver d’un moment à l’autre, le vendredi tout le monde priait». Il est encore impressionné par la vision «apocalyptique» de la soirée du 24 novembre. Coopérant à l’école française de Moroni, Christophe Roche se demande pourquoi «personne ne savait ce qui se passait». Une semaine et demi après le début de l’éruption, le résultat des analyses sur la toxicité des cendres n’est toujours pas connue. Du coup, la population s’inquiète.
l’éruption a surpris tout le monde
Il existe bien un observatoire volcanologique national chargé de la surveillance du Karthala. Mais «le manque de moyens ne permet qu’un faible suivi» souligne Nicolas Villeneuve de l’Université de La Réunion qui aide comme il le peut les deux seuls techniciens restés sur place. Pour les universitaires, il n’y a aucun doute : «le contact entre le magma et l’eau du lac installée dans le cratère après l’éruption de 1991 devait produire une éruption violente avec une grande quantité de cendre». Le phénomène était donc prévisible. Sauf que… «l’éruption a surpris tout le monde» note Ismaël Mogue Daho, commandant de la Gendarmerie Nationale des Comores. «L’Etat n’arrive pas à répondre aux besoins causés par le désastre». Si l’on en croit des sources comoriennes et françaises «les Etats-Unis ont donné 1,8 million de dollars au gouvernement pour la lutte contre le risque terroriste». Les risques volcaniques n’ont visiblement pas les mêmes enjeux : faute d’être payé, l’un des seuls chercheurs comoriens qualifiés a préféré un contrat précaire à La Réunion voisine pour nourrir sa famille. Même s’ils explosent, même si les destructions sont massives, les volcans ne font pas encore de politique.
(Pour Libération en grève)

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Guillaume Levieux

Volcanologue & Journaliste scientifique Consultant pour ecklA' · Conseil - Communication - Risques naturels Paris http://www.eckla.fr

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